LES EFFETS DE LA POLLUTION ATMOSPHERIQUE SUR LA SANTE Auteurs : DDASS / DRASS Aquitaine
3 Résultats d’enquêtes épidémiologiques 4 Les personnes les plus sensibles à la pollution de l’air 5 L’exposition des populations aux polluants de l’air 6 Action des polluants sur l’organisme
La pollution atmosphérique est définie légalement dans le code de l’environnement (article L.220-2) : « Constitue une pollution atmosphérique […] l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, dans l’atmosphère et les espaces clos, de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine […] » La pollution atmosphérique est le plus souvent appréhendée par la mesure de quelques polluants majeurs, mais beaucoup d’autres substances émises sont également présentes dans l’air. Les polluants couramment mesurés sont : le dioxyde de soufre (SO2), les oxydes d’azote (NO2 et NO), l’ozone (O3), les particules en suspension (PS), le plomb (Pb), le monoxyde de carbone (CO), les hydrocarbures et composés organiques volatils (HC et COV), le benzène (C6H6). En Aquitaine, la surveillance de la qualité de l’air est confiée à l’association AIRAQ <http://www.airaq.asso.fr> . Cette pollution est généralement émise à proximité et à l’intérieur même des villes et expose de ce fait l’ensemble des populations urbaines. Les quantités de polluants rejetés dans l’atmosphère ne sont pas l’unique facteur du niveau de pollution ambiante. Les conditions météorologiques influent directement sur la qualité de l’air. Le vent et la pluie vont avoir tendance à disperser les polluants émis. A l’inverse, les fortes températures, l’absence de vent favoriseront la concentration des polluants où ils sont émis, par exemple dans les villes. Des évènements majeurs de pollution d’origine industrielle comme celui de la vallée de la Meuse en 1930 et celui de Donora (agglomération fortement industrialisée du Nord-Est des Etats-Unis) en 1948 sont la démonstration des effets délétères de la pollution atmosphérique sur la santé. En ces endroits, les conditions atmosphériques furent telles que la pollution émise par les industries, fours à coke, aciéries, etc., y stagna durant plusieurs jours. Les niveaux de pollution devinrent très importants et on compta une soixantaine de morts dans la vallée de la Meuse et 17 à Donora1. Les épisodes de smog à Londres (contraction de « smoke »et de « fog », fumée et brouillard) dans les années 50, ont mis en évidence les conséquences dramatiques des niveaux élevés de pollution acido-particulaire (particules et dioxyde de soufre). De tels niveaux apparaissaient lorsqu’un épais brouillard hivernal empêchait la dispersion de polluants émis par les industries et le chauffage domestique. Des concentrations très élevées furent ainsi atteintes dans le centre de Londres, de l’ordre de 1260 µg/m3 pour le SO2 et 2650 µg/m3 pour les fumées noires (indicateur de particules) en moyenne journalière, engendrant un excès de plus de 4000 décès en 15 jours sur une population de 8 millions d’habitants. Ces fortes pollutions furent à l’origine des premières réglementations sur la nécessaire réduction des émissions de polluants et des premières études épidémiologiques sur les effets de la pollution sur la santé. 3 Résultats d’enquêtes épidémiologiques Il est important de connaître l’impact sur la santé lié aux conditions réelles d’exposition à la pollution qui se présente sous la forme d’un mélange de polluants dans l’air que nous respirons quotidiennement. Les études épidémiologiques, basées sur l’observation de l’état de santé d’une population et des variations de pollution atmosphérique, permettent de répondre à ce besoin de connaissance. De nombreux travaux épidémiologiques ont été publié et la majeur partie présentent des conclusions cohérents. Ainsi, à partir des résultats épidémiologiques publiés à ce jour, il est maintenant admis par la communauté scientifique que la pollution atmosphérique urbaine a un effet à court terme sur la santé des population humaines. Dans les rubriques suivantes, sont évoqués les principaux enseignements provenant de ces études. 3.1 Impact de la pollution atmosphérique sur la mortalité La mortalité est souvent utilisée comme indicateur sanitaire dans les études épidémiologiques car cette information est relativement fiable et accessible. Aussi marquant que soit cet indicateur, il faut garder à l’esprit qu’il ne doit pas être considéré comme le seul problème de santé dû à la pollution de l’air. D’autres problèmes sanitaires (apparition et aggravation des certaines maladies respiratoires ou cardio-vasculaires, consommation de médicaments, visites médicales …) imputables à la pollution de l’air sont, bien que moins graves, plus fréquents et touchent une bien plus grande partie de la population. Une étude européenne (APHEA), publiée en 1997, s’est intéressée à l’impact de la pollution sur 29 agglomérations en Europe couvrant une population d’environ 20 millions d’habitants. Pour la mortalité totale (toutes causes de mortalité sauf accidentelles), il est estimé qu’une augmentation de 10 µg/m3 de pollution en particules mesurées au travers des indicateurs PM 10 ou fumées noires entraîne, les jours suivants, une augmentation de 0,6 % de la mortalité totale2. Une surveillance épidémiologique a été mise en place en 1997 dans 9 villes françaises afin d’y quantifier l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique. Il s’agissait de Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg et Toulouse. Cette surveillance établit un lien entre la pollution d’une journée donnée et son impact sanitaire (mortalité et nombre d’entrées dans les hôpitaux) les jours suivants. Cette observation est répétée pour tous les jours de l’année. C’est donc l’impact de la pollution à court terme qui est mis en évidence. Pour l’ensemble des 9 villes, les décès attribuables chaque année à la pollution de l’air (c’est à dire lorsque la pollution est supérieure au niveau très faible de 10 µg/m3) est d’environ 2800 pour la mortalité totale, dont 1097 pour causes cardio-vasculaires et 316 pour causes respiratoires. Pour la ville de Paris, le taux de mortalité attribuable à la pollution est de 30,6 décès pour 100 000 habitants. Les résultats sont également présentés sous forme de scénarios de réduction de la pollution dans ces villes, et du bénéfice sanitaire qui en découle. Par exemple, si la pollution quotidienne régnant dans ces 9 villes était diminuée de moitié, il est estimé que 1834 décès par an seraient évités. Si la pollution n’était diminuée que de 10 %, 367 décès serait évités3. A une plus grande échelle, puisque 26 villes européennes sont concernées, une étude (dénommée APHEIS) a évalué les effets de la pollution sur la santé. Dans les 19 villes où les PM10 sont mesurées (particules de diamètre aérodynamique de moins de 10 microns), il est estimé que tous les ans, 11 855 décès pourraient être évités si les niveaux moyens annuels de particules en suspension (PM 10) ne dépassaient pas 20 µg/m3. Cela représente un taux de 43 décès pour 100 000 habitants. De plus, dans ces 19 villes, 5 547 décès pourraient aussi être évités chaque année du seul fait d’une réduction de 5 µg/m3 des niveaux moyens annuels en PM 104. Une étude publiée en 2000 dans la revue scientifique du Lancet a évalué l’impact sanitaire à long terme de la pollution dans 3 pays : France, Suisse et Autriche. Il ressort que 6 % de la mortalité totale annuelle serait imputable à la pollution de l’air. Cela représente pour la France un total de 31 700 décès par an, dont 17 600 imputables à la pollution de l’air due au trafic routier5. Concernant aussi l’impact à long terme de la pollution, une étude récente menée aux Pays-Bas a suivi pendant 8 ans près de 4500 personnes âgées de 55 à 69 ans. Il ressort que la mortalité cardio-pulmonaire de ceux qui résident à proximité d’une route à fort trafic est près de 2 fois plus élevée qu’ailleurs6. Ce résultat doit être confirmé par d’autres études, mais il soulève l’hypothèse d’un risque important lié à la pollution de proximité automobile. 3.2 Impact en termes de morbidité 3.2.1 Admissions hospitalières Le nombre d’admissions hospitalières est un critère intéressant (toutefois il fait l’objet de recherche en épidémiologie pour l’améliorer). Comme pour la mortalité (Cf. § 2.3.1), il est possible de corréler la pollution d’un jour donné et ses conséquences sur la santé les jours suivants, appréhendées ici par les admissions hospitalières. L’étude dite des 9 villes3 a mis en évidence une association entre les admissions dans les hôpitaux pour pathologies cardio-vasculaire chez les 15-64 ans et une augmentation de 10 µg/m3 de SO2 (dioxyde de soufre) : le risque d’hospitalisation augmente de 1,4 %. Il est estimé que pour 8 villes de l’étude, à l’année, 748 hospitalisations auraient pu être évitées si la pollution de l’air n’avait pas dépassé le niveau de 10 µg/m3. 3.2.2 Fonction respiratoire Des modifications de l’appareil respiratoire peuvent être engendrées par la pollution atmosphérique : le volume expiratoire maximum par seconde (VEMS) peut diminuer surtout chez les enfants et à des niveaux de pollution très élevés. Plusieurs études ont montré que les enfants vivant dans des zones polluées ont des risques d’avoir une réactivité bronchique plus marquée que ceux exposés à de faibles concentrations de polluants. Ces hyperréactivités bronchiques ont souvent un caractère transitoire et réversible, mais la répétition d’expositions à des pollutions atmosphériques peut à terme sensibiliser la muqueuse respiratoire à des allergènes comme les pollens, acariens, toxiques7. 3.2.3 Asthme Il semblerait que depuis les années 70-80, le nombre d’asthmatiques soit en augmentation, et ce dans beaucoup de pays. Cependant, on ne peut rattacher cette augmentation à la pollution atmosphérique en l’état actuel des connaissances. Ce qui est désormais établi c’est que la pollution est un facteur aggravant pour les sujets asthmatiques. Les admissions hospitalières pour crises d’asthme, la consommation de médicaments, la diminution de la fonction respiratoire des asthmatiques paraissent liées aux variations de concentrations en polluants dans l’air. Durant les Jeux Olympiques d’été d’Atlanta de 1996, une étude épidémiologique8 a observé que les conditions particulières de restriction de la circulation dans l’agglomération ont eu pour conséquence de diminuer de 28 % les teneurs en ozone, et il fut constaté une forte baisse de crises d’asthme chez les enfants. Pour un enfant asthmatique, le risque de faire une crise d’asthme pendant les 14 jours de Jeux Olympiques d’Atlanta était 2 fois moindre qu’en temps normal. 3.2.4 Pathologies cardio-vasculaires Des études montreraient qu’il existe un lien entre les pathologies cardio-vasculaires et la pollution atmosphérique. Une enquête menée aux Etats Unis soulignerait le lien entre le polluant monoxyde de carbone (CO) et l’aggravation du risque cardiaque9. L’enquête ERPURS (évaluation de risques de la pollution urbaine sur la santé) a établi un lien entre la pollution et les pathologies cardio-vasculaires. Un scénario de réduction de la pollution a été imaginé : pour des diminutions de 10 % et 50 % de la pollution acido-particulaire (dioxyde de soufre et particules) en région parisienne, cela pourrait respectivement engendrer une baisse de 100 à 3000 hospitalisations annuelles pour causes cardio-vasculaires10.
Dans le domaine de la pollution atmosphérique, toute la population est concernée, mais il existe une grande variation entre les individus : nous ne sommes pas égaux face à ce risque. Les personnes sensibles vont réagir plus vite et de façon plus grave, et ce pour des concentrations de polluants dans l’air qui n’auront aucun effet sur d’autres personnes. Les enfants sont fragiles jusqu’à environ l’âge de 8 ans du fait du développement de leur système respiratoire. Le nombre d’alvéoles pulmonaires passe de 25 millions à 300 voire 600 millions entre 0 et 3 ans. Ensuite, les voies respiratoires continuent de grandir et le système immunitaire n’est pas encore mature. Les enfants sont ainsi sensibles aux agressions qu’elles soient virales, allergéniques, particulaires ou chimiques. Les personnes souffrant de pathologies respiratoires ou cardio-vasculaires sont plus sensibles à la pollution atmosphérique. Les études épidémiologiques ont montré que ce type de pathologies augmentaient et s’aggravaient avec la pollution. Certains polluants aggravent la sensibilité des asthmatiques aux allergènes et infections virales, et irritent les muqueuses respiratoires chez les personnes souffrant de rhinites allergiques. Du fait que parmi les personnes âgées, il y a plus de personnes ayant des pathologies, notamment respiratoires, que dans la population générale, elles peuvent, à ce titre, être considérées comme étant plus sensibles à la pollution de l’air. Les sportifs peuvent s’exposer davantage à la pollution par l’augmentation de la ventilation respiratoire induite par une activité physique. Par exemple, la pratique de la course à pieds fait passer la ventilation pulmonaire d’environ 7 litres par minute à 100 litres par minute. C’est pourquoi il est déconseillé de pratiquer un sport intensif pendant un épisode de forte pollution.
La qualité de l’air est mesurée dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, et à proximité des complexes industriels au moyen de capteurs fixes. Si le nombre de capteurs est en augmentation, ils ne peuvent renseigner sur l’exposition aux polluants de chacun des habitants. Ils donnent une information sur la qualité globale de l’air au-dessus d’une agglomération, c’est à dire l’exposition moyenne des citoyens, sachant que chacun subit des concentrations plus ou moins élevées en fonction des activités, de l’exposition dans un lieu de travail, des temps passés dans les transports, des modes de transports utilisés, etc. C’est pourquoi certaines personnes peuvent être exposées à des doses journalières plus élevées que celles indiquées par les réseaux de surveillance de la qualité de l’air. Il est donc très difficile de connaître précisément l’exposition réelle des personnes, si ce n’est en les munissant de capteurs individuels. En agglomération parisienne, une campagne de mesures a été faite sur les personnes dans différentes conditions de déplacements : voiture, bus, vélo, piéton, métro et RER. Il apparaît que les automobilistes sont soumis aux expositions les plus élevées en conditions de circulation dense. Viennent ensuite les expositions reçues par les cyclistes, usagers de bus et piétons en rue à fort trafic. Les niveaux en rue piétonne et dans le métro sont les plus faibles. En comparant les niveaux ainsi mesurés et ceux donnés aux même moments par les réseaux de stations fixes, on remarque que les stations de fond permettent d’approcher l’exposition des piétons et des usagers du métro et RER, mais sous-estiment l’exposition reçue par les automobilistes, passagers de bus et cyclistes. Les stations de proximité rendraient compte des expositions à bicyclette et bus11. Nous passons en moyenne 80 % de notre temps à l’intérieur de locaux, soit au domicile, soit sur le lieu de travail. La qualité de l’air y est dans une certaine mesure différente car influencée par les multiples sources possibles de pollution intérieure comme le tabac, la cuisson des aliments, le chauffage (appareils à combustion), produits d’entretien, etc. La pollution extérieure a aussi une influence sur la qualité de l’air intérieur puisqu’ils ne sont bien sûr pas étanches, et qu’une ventilation des locaux est nécessaire. Le transfert des polluants extérieurs à l’intérieur des locaux a été évalué par le CSTB. Les résultats montrent qu’il s’opère une baisse des concentrations intérieures lors du transfert des polluants extérieurs. Cette baisse est d’ailleurs différente selon les polluants considérés. Par exemple, pour les PM 2,5 (particules d’un diamètre aérodynamique de moins de 2,5 microns), la baisse n’est que de 25 %, pour le SO2 (dioxyde de soufre) la baisse est de 30 %, par contre elle est forte (80 %) pour l’ozone12.
Nous connaissons grâce à des études toxicologiques (sur des cellules, sur des animaux) et des expérimentations humaines contrôlées, les effets sur l’organisme des polluants actuellement mesurés dans l’air. Définitions des seuils au sens du code de l’environnement (article L.221-1 du code de l’environnement) : Objectif de qualité : niveau de concentration de substances polluantes dans l’atmosphère, fixé sur la base des connaissances scientifiques, dans le but d’éviter, de prévenir ou de réduire les effets nocifs de ces substances pour la santé humaine ou pour l’environnement, à atteindre dans une période donnée. Seuil d’alerte : niveau de concentration de substances polluantes dans l’atmosphère au-delà duquel une exposition de courte durée présente un risque pour la santé humaine ou de dégradation de l’environnement et à partir duquel des mesures d’urgence doivent être prises. Valeur limite : niveau maximal de concentration de substances polluantes dans l’atmosphère, fixé sur la base des connaissances scientifiques, dans le but d’éviter, de prévenir ou de réduire les effets nocifs de ces substances pour la santé humaine ou pour l’environnement. 6.1 Dioxyde de soufre (SO2) Origine Il provient essentiellement de la combustion de combustibles fossiles contenant du soufre (fuel, charbon). Compte tenu du développement d’autres sources d’énergie (nucléaire), de l’utilisation de combustibles moins chargés en soufre et des systèmes de dépollution des cheminées d’évacuation des fumées, les concentrations ambiantes ont diminué de plus de 50 % depuis 15 ans. Pollutions générées En présence d’humidité, il forme de l’acide sulfurique qui contribue au phénomène des pluies acides et à la dégradation de la pierre et des matériaux de certaines constructions. Effets sur la santé C’est un gaz irritant. Le mélange acido particulaire peut, selon les concentrations des différents polluants, déclencher des effets bronchospatiques chez l’asthmatique, augmenter les symptômes respiratoires aigus chez l’adulte (toux, gène respiratoire), altérer la fonction respiratoire chez l’enfant (baisse de la capacité respiratoire, excès de toux ou de crise d’asthme). Seuils de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France Objectif de qualité : 50 µg/m3 en moyenne annuelle des moyennes horaires Valeur limite : 125 µg/m3 en moyenne journalière des valeurs horaires Seuil d'information et de recommandations : 300 µg/m3 en moyenne horaire Seuil d’alerte : 500 µg/m3 en moyenne horaire pendant 3 heures consécutives. 6.2 Particules en suspension Origine Elles constituent un complexe de substances organiques ou minérales. Origine : naturelle (volcan) ou anthropique (combustion industrielle ou de chauffage, incinération, véhicules). On distingue les particules fines (<10 µm) provenant de l’échappement de moteurs diesels ou de vapeurs industrielles recondensées, des grosses particules. Pollutions générées Les particules les plus fines peuvent transporter des composés toxiques dans les voies respiratoires inférieures. Elles potentialisent les effets du dioxyde de soufre notamment. Effets sur la santé Les plus grosses particules sont retenues par les voies aériennes supérieures. Les plus fines (<10µm), à des concentrations relativement basses, peuvent surtout chez l'enfant, irriter les voies respiratoires ou altérer la fonction respiratoire. Certaines particules ont des propriétés mutagènes et cancérogènes. Seuils de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (mesure des particules de diamètre aérodynamique inférieur à 10 µm : PM10) Objectif de qualité : 30 µg/m3 en moyenne annuelle des teneurs journalières Seuil d'information et de recommandations: 80 µg/m3 en moyenne sur 24 h Seuil d’alerte : 125 µg/m3 en moyenne sur 24 h 6.3 Les oxydes d’azote (NOx) Origine Provient surtout de la circulation automobile (75%) et des installations de combustion (centrales énergétiques...). Les concentrations dans l’air ne diminuent guère compte tenu de l’augmentation forte du trafic, malgré le rajeunissement du parc automobile. Pollutions générées Les NOx interviennent dans le processus de formation de l’ozone dans la basse atmosphère. Ils contribuent également au phénomène des pluies acides. Effets sur la santé Gaz irritant, le NO2 (dioxyde d’azote) pénètre dans les plus fines ramifications des voies respiratoires. Il peut entraîner une altération de la fonction respiratoire et une hyperréactivité bronchique chez l’asthmatique et, chez les enfants, augmenter la sensibilité des bronches aux infections microbiennes. Seuils de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France du NO2 Objectif de qualité : 50 µg/m3 en moyenne annuelle des moyennes horaires Seuil d'information et de recommandations:200 µg/m3 en moyenne horaire Seuil d’alerte : 400 µg/m3 en moyenne horaire 6.4 Monoxyde de carbone (CO) Origine Il provient de la combustion incomplète des combustibles et carburants. Des taux importants de CO peuvent être rencontrés lorsque des moteurs tournent dans un espace clos (garage, tunnel, parking...), ainsi qu’en cas de mauvais fonctionnement d’un appareil de chauffage au fioul ou gaz. Effets sur la santé Le CO se fixe sur l’hémoglobine du sang à la place de l’oxygène conduisant ainsi à un manque d’oxygénation du système nerveux et du cœur. A des taux importants, ce gaz peut être à l’origine d’intoxications chroniques avec céphalées, vertiges, asthénie, vomissements. En cas d’exposition très élevée et prolongée, il peut être mortel. Seuils de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France Valeurs limites : 10 mg/m3 en moyenne pour 8 h d’exposition 30 mg/m3 en moyenne horaire 6.5 Ozone (O3) Origine L’ozone résulte de la transformation photochimique des oxydes d’azote et de composés organiques volatils en présence de rayonnements ultraviolets du soleil. Si sa présence est indispensable en haute atmosphère (stratosphère), l’ozone est nocif dans les basses couches de l’atmosphère et est appelé « polluant secondaire ». Pollutions générées L’ozone est un des principaux éléments de la pollution dite « photo-oxydante » et contribue également aux pluies acides. Effets sur la santé Gaz agressif, l’ozone pénètre facilement jusqu’aux voies respiratoires les plus fines. Il provoque des irritations oculaires, de la toux, et une altération pulmonaire surtout chez les enfants et les asthmatiques. Seuils de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France Seuil d’information et de recommandations: 180 µg/m3 en moyenne horaire Seuil d'alerte à 3 niveaux : 240 µg/m3 en moyenne horaire sur 3 heures consécutives, 300 µg/m3 en moyenne horaire sur 3 heures consécutives et 360 µg/m3 en moyenne horaire 6.6 Les composés organiques volatils (COV) Origine Ils sont multiples. Il s’agit d’hydrocarbures émis par évaporation de bacs de stockages pétroliers ou lors de remplissages de réservoirs, de composés organiques provenant de procédés industriels ou lors d’une combustion incomplète, de solvants utilisés pour les peintures ou le nettoyage de surfaces ou de vêtements, de composés organiques émis par l’agriculture et le milieu naturel. Pollutions générées Les COV interviennent dans le processus de formation de l’ozone dans la basse atmosphère. Effets sur la santé Les effets sont divers selon les polluants : ils vont de la simple gêne olfactive à une irritation (cas des aldéhydes), ou encore une diminution de la capacité respiratoire. Le benzène présente des risques d’effets cancérigènes. Recommandation du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (cas du Benzène) Objectif de qualité : 2 µg/m3 en moyenne annuelle des valeurs journalières Valeur limite quotidienne : 25 µg/m3 en moyenne journalière Valeur limite annuelle : 10 µg/m3 en moyenne annuelle des valeurs journalières 6.7 Le plomb Origine Le plomb est utilisé dans les carburants pour ses propriétés antidétonantes. On le retrouve ainsi dans l’atmosphère. L’essence sans plomb a permis, en quelques années, d’obtenir des concentrations de plomb dans l’air nettement inférieures. Le plomb peut également être utilisé et émis par des procédés industriels. Effets sur la santé Le plomb est un toxique neurologique, hématologique et rénal qui peut entraîner chez les enfants des troubles du développement cérébral avec perturbations psychologiques et des difficultés d’apprentissage scolaire. Seuil de l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France Valeur limite : 0,5 µg/m3 en moyenne annuelle Il est indéniable que la qualité de l’air constitue un déterminant pour la santé, et ce quels que soient les niveaux actuellement rencontrés dans nos agglomérations. Un enseignement majeur qu’il faut retenir des études épidémiologiques est que les valeurs limites de qualité ne doivent pas être interprétées comme des seuils à partir desquels il y a un risque pour la santé, et qu’en dessous il n’y aurait aucun risque. On sait maintenant que les effets sanitaires se font ressentir pour des niveaux inférieurs aux normes actuellement en vigueur en France. D’ailleurs, il ne semble pas exister de seuil en dessous duquel aucun effet n’est perceptible au sein d’une population. La pollution atmosphérique a donc des effets sans que les niveaux n’atteignent pour autant des « pics ». C’est l’exposition quotidienne à la pollution qui induit des effets sur la santé des personnes. Les recherches en matière de connaissances d’exposition des populations à la pollution atmosphérique et ses conséquences sur la santé doivent être poursuivies. La population disposera ainsi d’informations concernant la qualité de l’air et de ses impacts sur la santé. 1 ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE. La pollution de l’air. Paris : Masson et Cie, 1963. Chapitre6, Les effets de la pollution de l’air sur la santé de l’homme, pp. 163-224. 2 Katsouyanni K, Touloumi G, Samoli E, Gryparis A, Le Tertre A, Monopolis Y, Rossi G, Zmirou D, Ballester F, Boumghar A, Anderson HR, Wojtyniak B, Paldy A, Braunstein R, Pekkanen J, Schindler C, Schwartz J. Confounding and effect modification in the short-term effects of ambient particles on total mortality: results from 29 European cities within the APHEA2 project. Epidemiology. 2001 Sep;12(5):521-31. 3 InVS. Surveillance des effets sur la santé liés à la pollution atmosphérique en milieu urbain, phase II. Saint Maurice, InVS, juin 2002. 184 pages. 4 InVS. APHEIS, Health impact assessment of air pollution in 26 european cities. Saint Maurice, InVS, septembre 2002. 225 pages. 5 KUNZLI N., KAISER R., MEDINA S. et al. Public-health impact of outdoor and traffic-related air pollution : a european assessment. Lancet, 2 septembre 2000, n°356, pp. 795-801. 6 HOEK G., BRUNEKREEF B., GOLDBOHM S. et al. Association between mortality and indicators of traffic-related air pollution in the Netherlands : a cohort study. Lancet, 19 octobre 2002, n°360, pp. 1203-1209. 7 CHIRON M., QUENEL P., ZMIROU D. La pollution atmosphérique d’origine automobile et la santé publique. Pollution atmosphérique, 1er avril 1997, n°153, pp. 41-55. 8 FRIEDMAN M.S., POWELL K.E., HUTWAGNER L. et al. Impact of changes in transportation and commuting behaviors during the 1996 summer Olympic Games in Atlanta on air quality and childhood asthma. Journal of American Medical Association, 21 février 2001, n°285, pp. 897-905. 9 MORRIS R.D., NAUMOVA E.N., MUNASINGHE R.L. Ambient air pollution and hospitalization for congestive heart failure among elderly people in seven large U.S. cities. Am J. Publ. Health, 1995, n°10, pp. 1361-1365. 10 MEDINA S., LE TERTRE A., QUENEL P. et al. Evaluation de l’impact de la pollution atmosphérique urbaine sur la santé en Ile de France. Observatoire Régional de la Santé Ile de France. Paris, novembre 1994. 104 pages. 11 COURSIMAULT A., DELAUNAY C., GOUPIL G. et al. Evaluation de l’exposition des citadins aux polluants d’origine automobile au cours de leurs déplacements dans l’agglomération parisienne. Rapport de fin d’étude, décembre 1998. 116 pages. 12 CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT. Le transfert de la
pollution atmosphérique à l’intérieur du
bâtiment. ADEME-CSTB, avril 2001. |